A Chaque Langue son Identité


Un article crossover qui sert de passerelle entre l’apprentissage des langues et leur pratique quotidienne. Notre langue d’expression influence-t-elle la perception que l’on a de la réalité ? L’imprégnation dans une culture donnée favorise-t-elle l’expressivité de certaines facettes de notre personnalité ?

Apprendre une ou deux langues étrangères en plus de notre maternelle dans le contexte mondialisé actuel est tout à fait banal. Et au fil des voyages et observations diverses, j’ai remarqué que l’on peut établir un lien entre la langue dans laquelle on s’exprime et certains traits de caractères qui ressortent. 

Je ne suis ni psychologue, ni neurologue ou linguiste, mais il y a sûrement des études qui doivent parler de ce sujet. A savoir s’il existe un lien entre notre langue d’expression, des zones spécifiques du cerveau sollicitées ainsi que certains traits de notre personnalité qui seraient mis en lumière. 

Je vais me prendre pour cobaye et mes propos vous paraîtront sûrement plus clairs. Pour que ces observations soient vérifiées concrètement il faut que vous soyez imprégnés par la langue et de la culture liée à cette dernière. Je ne parle pas ici de simples cours suivis au collège, lycée ou même à l’université. Mais plus d’un intérêt réel pour une langue/culture associée spécifique ainsi qu’un séjour plus ou moins long. (un mois suffit pour vérifier ma thèse.)

La première observation de ce lien entre langue d’expression et personnalité fut relevée au fil des étés passés dans mon pays d’origine, que je nomme chère Algérie. Vous venez sûrement de le découvrir étant donné que je mentionne ceci pour la première fois sur la blogo. Et oui j’ai une double culture, une double identité/appartenance et je le vis très bien merci. 🙂 Donc chaque été, période de relâchement estival et de vacances oblige, je remarquais que ma façon d’être là-bas et en France différaient légèrement. J’étais et je suis toujours moi-même, il ne s’agit pas de changer son comportement mais seulement de s’adapter à la culture locale, aux moeurs et aux habitudes qui diffèrent. La différence fondamentale : je suis beaucoup plus détendue là-bas. Je crois que cela est lié à l’ambiance du pays jonglant entre urbanisme et ruralité, modernité et traditions, religion et coutumes.  

Là-bas, aucune pression quant à ma réussite professionnelle, mes résultats scolaires ou d’autres attentes sociétales. Même dans la façon de s’habiller, les gens font comme ils le sentent, alors qu’en France si on ne respecte pas le classique jean conformiste accordé à quelques accessoires bobo pour faire rebelle, on sort du lot et ça fait direct tooo much. Etre là-bas, ce n’est pas seulement renouer avec mes origines mais c’est aussi vivre la vie au plus proche de ses racines et de la nature. Mais ce n’est pas tout rose, il faut avoir la patience des coutumes de là-bas et comprendre qu’il y a une certaine étiquette à avoir. 

Mis à part l’aspect culturel mentionné, je voulais aussi parler de la langue. Je ne débattrai pas sur la jolie musicalité du doux dialecte algérien. Rires. Mais je souligne simplement que dans la façon de s’exprimer, on fait beaucoup moins de manières qu’en français, et à qui sait manier le verbe, on peut facilement faire passer un message lourd de sens en très peu de mots.

Pour synthétiser je dirais que mon état d’esprit à l’algérienne est beaucoup plus je m’en foutiste que celui à la française. Cultures et langues d’expression indissociables font que je ne change pas du tout au tout mais que le contexte culturel/linguistique influence en mettant en relief certains traits déjà existants de ma personnalité.

Il ne suffit pas d’apprendre une nouvelle langue et d’aller séjourner dans un nouveau pays pour se voir apparaître presque miraculeusement de nouveaux traits de caractères. Mais je pense seulement que la culture et la langue d’expression sont comme des éclairages qui font ressortir de nous certains aspects déjà présents, de façon plus ou moins marquée. Je sais que je me répète mais c’est juste pour que vous compreniez bien mes propos. J’espère être claire 🙂

J’ai relevé ce phénomène chez d’autres personnes de mon entourage également. Mais je ne parlerai pas d’elles, c’est seulement pour souligner qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Après avoir parlé de l’arabe et l’Algérie, je vais vous parler de mon rapport avec la langue de Shakespeare, pour finir l’article avec mon mandarin favori  Je précise quand même que faire le lien entre langue d’expression/culture et influence sur notre personnalité ne vient pas de moi. On nous en avait parlé très brièvement en cours de licence et j’avais laissé « mariner » l’idée depuis 🙂 Trop de soupe d’idées dans mon esprit si vous saviez… En parlant de soupe tiens, je dois aussi vous parler de la nourriture chinoise^_^

Mon rapport à l’anglais au collège, lycée était plutôt bon sans être excellent. J’avais les notes qu’il fallait et avec le temps je me suis mise à voir quelques séries/films en VO, comme la majorité des personnes de notre génération. A l’université on attendait de nous une traduction quasi-parfaite des articles de presse du genre New York Times et toute sa famille. Mes résultats n’étaient pas exceptionnels mais l’essentiel était que je comprenais les supports anglais qu’on me présentait. 

Je pensais plutôt bien m’en sortir jusqu’à mon séjour d’un mois à Nottingham (Uk) en Mai 2015. Et là, j’ai compris que malgré ma bonne culture générale, rien ne nous prépare dans les études que l’on poursuit à comprendre le débit de parole assez rapide des anglophones. Sans parler des accents divers qui changent déjà entre Londres et Nottingham. Les deux premières semaines étaient particulièrement difficiles, vous allez me dire abuses pas ce n’est QUE de l’anglais après tout. Oui ce n’est que de l’anglais mais il avait fallu dépasser cette honte de parler anglais à la française qu’on intériorise sans le vouloir. A croire que d’un point de vue français, bien parler anglais c’est se la raconter et en faire trop. 

Par ailleurs, je voulais bien parler anglais et pas juste à moitié. Heureusement pour moi je n’ai jamais eu le french-accent de manière prononcée. Même si on reconnaît que je suis française à ma façon de parler l’anglais car je n’ai ni pris l’habitude de l’accent british ou us. Je suis neutre. Enfin, les deux premières semaines de déblocage de la langue passées. Il a fallu affronter un autre problème : mon ami de toujours que je nomme bégaiement revenait sans arrêt. Alors que je pensais en avoir fini avec lui étant donné que je n’ai plus aucun problème de locution en français, c’est même l’inverse. #Proud Mais bon, ça c’est une autre histoire. 

Au début je trouvais cela très étrange étant donné que le problème avait été réglé, pourquoi cela revenait-il maintenant ? Parce qu’il fallait réapprendre à parler dans une autre langue et les mécanismes de langage français ne sont pas les mêmes qu’en anglais. Logique.

C’est alors après un mois complet que je me sentais enfin à l’aise en parlant anglais. L’attitude que faisait ressortir l’anglais et le fait de vivre en Angleterre était l’élégance, la classe et le flegme britannique. Je ne saurais pas l’expliquer avec précision mais c’est sans doute un état d’esprit plus qu’un trait de caractère. Quand on parle bien anglais, on a tout cet imaginaire culturel relié aux anglo-saxons qui y est lié. Et forcément ça joue. En Angleterre j’étais donc apaisée, détendue et tranquille. Il n’y a que le contexte français qui est favorable à la dépression on dirait. #Humour

Le mois passé là-bas m’avait bien préparé à mon séjour chinois. Le premier semestre en Chine, je ne m’exprimais qu’en anglais car mon niveau de mandarin n’était pas encore assez suffisant. Et c’est précisément lors de ce premier semestre que mes mécanismes anglais finirent par s’installer et s’activer définitivement. Maintenant je ne suis pas bilingue, il y a pas mal de vocabulaire anglais (surtout quand c’est spécifique) que je dois vérifier dans le dictionnaire mais mon niveau oral et écrit est plutôt acceptable, un bon C1 😀

C’est ensuite qu’il a fallu développer ma capacité à parler le mandarin. L’affaire était plutôt contrastée car malgré les mécanismes de langage/sonorité qui diffèrent de nos langues orientales, j’ai eu beaucoup plus de facilité à intégrer le chinois que d’autres langues. Comme l’arabe littéraire par exemple (qui diffère du dialecte algérien) L’arabe littéraire je le comprends, je le lis et l’écris (avec pleins de fautes d’orthographe) mais il me paraît beaucoup plus lourd à parler que le chinois. Ironie.

Parler mandarin et intérioriser les mécanismes et habitudes de langage qui y sont liés m’a appris la discipline de l’esprit et à favorisé ma capacité de concentration. C’est sans doute pour cela que cette langue à l’organisation linguistique logique me passionne : elle m’aide à organiser mon esprit.

Sans parler de l’aspect de maîtrise de soi/zenatitude qui a imprégné tout mon séjour à la chinoise. Je poursuis toujours mon apprentissage du chinois et cela a toujours le même effet relaxant. C’est très impressionnant. Et des études montrent que recopier les caractères chinois/japonais, apaisent et aident à la concentration.

Je clos donc cet article en espérant avoir été claire quant au lien ambigu mais pourtant existant entre nos langues d’expressions, la culture et leurs effets sur notre personnalité. C’est sans doute cette interaction intrigante qui me motive à apprendre les langues. Ainsi que le défi qui se cache derrière l’apprentissage de la parole de nouveau à travers chaque langue. Comme quoi, on peut être ex-bègue et polyglotte en devenir. Comme je le mentionne assez souvent dans mes écrits, rien n’est insurmontable. C’est même ce qui a motivé mon choix vers les langues : je me demandais ce que j’allais devenir si enfin, je n’avais plus peur de parler. Et si de cette peur, j’en faisais un atout ? Et si je me mettais à parler plusieurs langues ? Et pourquoi pas la langue la plus complexe du monde pour le fun allons-y ! Et voilà où j’en suis aujourd’hui.

Honnêtement, je ne sais pas ce que j’en ferais de mes langues. Parler le mandarin, c’est passionnant et classe sur le CV mais ça sert à quoi ? ça mêne où ? Je n’en sais rien. Et cela me fait un peu peur quand même. Mais je me dis qu’il faut juste rester concentrée sur le présent. Et au présent, apprendre pleins de langues, me rend passionne alors je continuerai. Hâte de savoir dans quelques années, quels traîts de ma personnalité feront ressortir l’apprentissage du russe, de l’hébreu et du turc. #Stay Strong #Not Afraid Et vous quels sont vos rêves ? Vos challenges ? Dans quels pays avez-vous voyagé récemment ? Quelles langues apprenez-vous ?

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5 réflexions sur “A Chaque Langue son Identité

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