Les Nénuphars de 23h


Avant, je redoutais les jours et j’adorais la nuit. Maintenant que je suis revenue à la vie, que mon esprit à intégré mon corps, je lutte, Pour rester ancrée, ici et ne plus voler trop loin, trop haut, ailleurs… Mais cette lutte en moi-même, me fatigue, me lime, je suis épuisée. Cela ne se finira-t-il donc jamais ? A quand trouverais-je un peu de stabilité ? A quand pourrais-je, un peu, pour un temps, une station, me reposer ?

Maintenant, mes jours sont lumineux, mais mes nuits sont sans rêves.Tout est noir, le néant. Ma fatigue psychique est telle que je ne rêve même plus.A quoi servent nos rêves éveillés d’ailleurs ? 

La vérité, c’est que les rêves ne sont pas faits pour être atteints. Mais ils ne sont là que pour orienter notre esprit et donner une direction à nos actions. Le but n’est pas de réaliser ses rêves, le but c’est de se donner les moyens de les réaliser, follement et d’apprendre, en cours de route, à s’adapter avec lucidité aux imprévus de la vie.

Le plus dur est d’être à la hauteur de nos rêves. Tu sais, cher lecteur inconnu, cher confident insatiable, cher esprit torturé aux doux secrets murmurés… Que d’efforts louables! J’ai appris que mes rêves ne suffisent pas. Et les tiens non plus sans doute…

Alors il y a un choix à faire : soit je renie ce que je suis, je deviens fade et je laisse mourir mon âme, pourrir mon coeur, se faner l’étincelle de mon esprit. Je débranche tout complètement, définitivement. Je deviens ce robot sans coeur, cette ossature sans formes. Qui n’est que poussière et je m’endors avec les autres. J’endormirai mon esprit avec le divertissement oisif, je m’empiffrerai au dialogue futile et je calmerai mon corps à la passion passagère. Et je survivrais avec une vie bien rangée, comme tout le monde et un peu de bonheur si on a été bien sage et qu’on en a pas trop demandé, ni attendu de la vie. Ah oui, une voiture, du chocolat et une bibliothèque. Et voilà, un cocon-confort à la con, des rêves enterrés, à la pelle entassés, au fond du jardin, près de notre cabane. 

Ou alors, je reste en accord avec moi-même, même si mon amour est trop fort, même si ma franchise trop tranchante, sanglante. Même si ma curiosité est insatiable, même si mon espoir et mes convictions humaines inébranlables.Voilà ma volonté profonde. Mais à quoi elle sert cette volonté profonde, cette fichue étincelle, cette flamme créative, cette flèche trop hâtive de spontanéité égayée et de sincérité affranchie ?

J’aimerai qu’on me dise, à quoi ça sert cette énergie-là que j’ai en moi, que suis-je censée en faire ? Que suis-je censée donner ? Que suis-je censée devenir ? La vérité, je ne sais pas. Et, j’ai peur. Même si je sais qui je suis et d’où je viens, je ne sais pas où je vais. Et j’ai encore peur.

Je me suis fait la promesse, durant mon enfance, parce que les emmerdes ont commencé bien tôt dis-donc, je me suis promis avec moi-même, envers moi-même que je me protégerai de tout mais qu’à chaque fois que j’aurai peur, je devrais y aller, me forcer à affronter, pour ne jamais être lâche et m’autoriser à grandir. Alors je me suis lancée à l’attaque, comme du papier à musique bien réglé. En armant mon esprit de tirades bien acérées, de philosophies déjantées. J’ai observé les gens autour de moi, ceux de mon âge. Et je les trouvais bien puérils. En fait je n’étais pas forcément rejetée par eux, mais je ne voulais pas juste me mélanger à eux.

Alors comme du papier à musique bien réglé, je suis devenue cette machine à combattre. Les gens qui me fatiguent, ceux qui me saoulent, ceux qui ne servent à rien. La cruauté de mes mots, c’est la vérité. J’ai appris à ne plus quémander de l’attention, à me suffire à moi-même, dans ma solitude. J’ai appris à prendre soin de ces amitiés rares que l’on partage comme des rayons d’arc-en-ciels. J’ai appris à me détacher des choses, des gens, du temps. 

Cependant, quand plus personne ne venait m’emmerder, c’est là que le vrai travail venait à débuter. Je me suis battue pour dire tout ce que je voulais dire, tout le temps, en toute circonstance. Pour apprendre à trouver des mots, les mots justes, ceux qui sont pertinents, qui résonnent, qui détonnent. J’ai appris à manier le langage, à jongler avec les mots. Alors que je ne savais pas parler. 

J’ai appris à communiquer mes ressentis, à prendre position sans s’imposer, à prendre parti sans rabaisser, à être détachée avec empathie et diplomatie. J’ai su régler des conflits, éviter des litiges. Je m’en suis sortie haut la main. J’ai fait du langage mon meilleur ami, de mes peurs les plus folles, un drap de taffetas qui m’embellis. 

J’ai tenu ma promesse, jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours choisi la difficulté, parfois oui jusqu’à me faire du mal moi-même. J’ai appris à la lumière de cette foi fragile qui m’a été confiée, à trouver un équilibre spirituel précaire. J’ai appris à l’appel de mon coeur, savoir qui aimer, qui apprécier et de qui se méfier. Même si avant de t’aimer inconditionnellement, je te pousserai à bout, je te testerais, je te déposséderais de toi-même, pour être sûre que je suis en terrain sécurisé. En faisant cela, je me chercherai aussi, je me perdrais moi-même ensuite… Pour mieux me retrouver et sourire de plus belle.

J’ai appris à donner, à partager. Et là, je reprends possession de mon corps, ce compagnon de fortune que j’ai trop longtemps délaissé, au profit de mon esprit. Maintenant, je suis en train d’accepter et d’apprendre à recevoir, à lâcher prise.

Mais voilà, tu vois, toi qui me lis, j’ai appris pleins de choses. Tu me diras, des choses essentielles, importantes. Trop conséquentes pour ton âge, trop matures pour évoquer un tel adage.

Oui c’est vrai, et même si tout cela m’aide à avancer, sur le terrain, sur le papier, ne suffit pas. Car chaque soir, c’est la danse des Nénuphars, à 23h, toujours, cette même heure, la même peur. L’angoisse qui prend d’assaut ton corps en crise, ton estomac libérant ces sucs acides qui te rongent, ta tête prête à exploser. Ce train, ce pont, qui te nargue en te disant, « et si tu essayais le trépas? Peut-être aurais-tu enfin des réponses? » Ton souffle erratique, qui se bloque et te fait respirer en apnée. Cette peur qui s’enroule autour de toi, cette solitude que tu as si longtemps chérie qui te paraît un peu plus, chaque soir, lourde à porter.

Alors oui j’ai appris pleins de choses, oui j’ai rencontré de très belles personnes, mais et alors ? Et après ? Que peut-on attendre de la vie? Que dois-on espérer? Peut-on se laisser voguer sur la mer sans craindre les tempêtes?

J’ai peur. J’ai froid. Viscéralement, de l’intérieur. Depuis des mois que cela dure. J’aimerai, que l’on me dise que j’en ai suffisamment fait et que grâce à cela, je dois continuer, j’aimerai que l’on me confirme que mes efforts ne sont pas vains même si je ne vois pas encore le bout du chemin. J’aimerai que cet inconnu que je ne connais pas encore, me réconforte et me dise que tout ira bien.

Parce que j’ai peur, encore, j’angoisse. 

Fragile, fugace, vulnérable, salace. 

Coeur sensible de petite fille, âme d’enfant, esprit de guerrière et corps de femme. 

Pas facile à gérer tout ça ! Mais je me suis promis à moi-même, de toujours rester fidèle à ce que je suis, peu importe les gens, peu importe les circonstances. Et cela n’a pas de prix. On pourra me mettre face aux pires épreuves, je me relèverai J’y perdrais peut-être la tête, un bras, mon coeur ou je ne sais quoi. Mais tant que la vie me tendra la main. Que ce soit pour m’étrangler ou pour me dorloter, je la prendrais sur moi, en moi, autour de moi, à le bras-le-corps, et je l’enchaînerai au mien.

Se dire qu’on peut y arriver, qu’on peut tout surmonter, que peu importe les circonstances, à la force de sa foi, à la lumière de son coeur, aux vibrations de son âme, à la lucidité de son esprit, on s’en sortira. C’est cela la vraie force de caractère. Pas indemnes les cocos, ah non !  On n’y arrivera pas en dormant, ni en ne se frottant pas à la douleur. Mais on y arrivera. C’est ma seule certitude. Certitude profonde. Parce que tant qu‘Il sera là, nous n’irons peut-être pas bien, peut-être très mal, mais on aura une raison valable de vivre, de survivre, d’aimer toujours, plus fort, plus loin, plus profondément, avec sincérité.

C’est dur d’être une jeune fille avec trop de rêves et beaucoup d’espoir, sans savoir où les placer, en se voyant fermer temporairement les portes de ce que l’on voulait faire. J’espère trouver le chemin, celui qui me convient. Et je l’espère, pour vous aussi.

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Une réflexion sur “Les Nénuphars de 23h

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