Gribouillons colorés #Récit Fictif


  • Claudia, que fais-tu ?
  • De l’art.
  • Je peux essayer aussi ? 
  • Non, tu restes à côté et tu observes, c’est mon art, personne n’y touche. Déjà je te laisse observer tout ça. C’est beaucoup.
  • Je vois.

Claudia n’est plus une enfant, c’est une adolescente ingénieuse maintenant. Elle poursuit une filière lettre et arts appliqués. Les lapins sanglants et les carnages d’enfance ne sont plus que d’anciens souvenirs. Mais elle garde quand même un côté très sombre qui s’exprime à travers ses dessins et ses peintures. Son entourage ne comprend pas d’ailleurs, pourquoi une fille pleine de joie de vivre comme elle, a un côté aussi glauque.

Cette après-midi, elle est vêtue d’un haut noir avec une jupe couleur prune, des collants noirs et des bottes turquoises. Cet assemblage plutôt incongru aurait paru étrange sur une autre fille, mais sur elle, cela ne fait qu’accentuer sa part de mystère. Bref, c’est Claudia. 

Par dessus ses vêtements, elle porte une blouse blanche propre aux artistes, elle est tâchée de peinture rouge, on aurait pu la comparer à Dexter ou à un médecin un peu fou, s’il n’y avait pas son joli visage angélique auréolé de cheveux blonds dorés qui venaient adoucir le tout.

On était dans sa grange, une petite cabane en bois, située au fond du jardin. Ici, pas de wifi ni personne pour nous déranger. La cabane en bois était petite, il y avait tout le matériel de peinture nécessaire, des toiles inachevées, des étagères de classeurs contenant les créations de Claudia et tout un tas de bouiboui inutile qui rappelle les petites boutiques chinoises, tellement surchargées, qu’elles en deviennent bancales. Mais c’est ce qui fait leur charme.

Au centre de la cabane, il y avait une immense toile blanche. Autour, Claudia avait installé pleins de pots de toutes les couleurs et y avait trempé des pinceaux aux tailles multiples. Les accessoires de peinture me faisaient souvent penser au matériel de maquillage.

Je me demandais qu’elle idée farfelue elle avait en tête aujourd’hui. Avec elle on ne s’ennuie jamais, c’est peut-être pour ça que je l’apprécie autant. Derrière son masque de froideur et d’indifférence, il y a tout un monde qui bouillonne, en permanence. Il faut juste apprendre à la comprendre et à la laisser tranquille quand elle le demande. Un contraste intriguant, même si Claudia est une personne bavarde et sociable, elle entretient quand même son jardin secret et à souvent besoin de solitude.

Elle monte le volume de son portable, se tourne vers moi et me dis: »tu observes, mais tu n’interviens pas. Sous aucun prétexte. »

Le spectacle va être prometteur, quand elle dit cela, vaut mieux obéir, Claudia sait ce qu’elle veut. Elle va s’autoriser à exprimer son talent et pour cela elle doit laisser tomber son masque d’indifférence pour un temps. C’est un honneur pour moi d’y assister, elle ne partage cela qu’avec moi et son autre meilleure amie. Alors je m’installe confortablement, et j’observe le spectacle qui commence…

Il n’y a que dans ces moments-là que je peux enfin être moi-même, Allez une gorgée de limonade plus tard, je remonte mes manches et je referme un peu la porte de la cabane, histoire que personne d’autre ne me voit. S’autoriser à trop de bonheur, c’est à mon avis s’exposer à tout autant de tristesse et de douleur. Il vaut mieux rester lucide et la tête sur les épaules le reste du temps. Mais pour l’instant, je peux être moi-même, complète. Un sourire naît sur mon visage, mes yeux pétillent, je sens la joie au creux de mon ventre et je me lance.

Le volume inonde la pièce et peu à peu, ma voix l’accompagne.

« There’s a fire starting in my heart
Reaching a fever pitch, it’s bringing me out the dark »

A chaque tempo de la musique, de façon parallèle à mon chant, je prends un pinceau déjà trempé dans les différentes peintures et je martèle n’importe comment la toile blanche. Au chant et aux coups de peinture dispersés à l’aveuglette, s’accompagne des mouvements, je danse sur le morceau et j’imagine du feu qui m’entoure. Il virevolte tout autour de moi et bientôt, au rythme de la musique et au fur et à mesure que le tableau se charge des pigments de mes émotions couchées, je m’amuse. Je ne fais plus qu’un avec ces fameuses émotions et je suis heureuse. Je me déhanche et la peinture poisseuse à rendu les pinceaux glissants entre mes mains. 

Ils se relaient en écho à l’ambiance de plus en plus enfiévrée de la pièce. J’aime me donner en spectacle comme ça, quand personne ne regarde. Enfin si il y a bien quelqu’un qui m’observe d’un regard malicieux, là, au fond de la cabane. Mais peu importe Je tournoie sur moi-même et mes cheveux lâchés autour de moi, font aussi la fête, comme une multitude de flammèches allumées. Tiens, je devrais peut-être me les teindre en roux ? C’est ça le bonheur pour moi, être dans son propre délire, l’assumer et s’en amuser Trop de personnes veulent savoir, pourquoi je suis comme je suis. Mais il n’y a rien d’intéressant à savoir, je suis juste une fille normale qui ne supporte pas la banalité de la vie. Alors je l’enjolive, j’enflamme tout ce qui m’entoure, je me dépasse et je me surpasse. En fait, ne le dites à personne, mais je suis shootée à l’adrénaline des challenges, défis et de la nouveauté.

« Baby, I have no story to be told
But I’ve heard one on you
And I’m gonna make your head burn »

La chanson est bientôt finie, elle n’a duré que 4 minutes mais je me laisse tomber à terre dans une explosion de rire et au fur et à mesure que la musique retombe, je reprends mon souffle saccadé,et j’observe le bazar que j’ai fait.Il faudra nettoyer les tâches de peinture et remettre la toile, les pots renversés et les pinceaux écrasés en place. Mais avant, je savoure ce gribouillis coloré en finissant la limonade.

  • « Joli spectacle Claudia. » Avant qu’elle ne retrouve son masque de reine des glaces, je garde son sourire gravé, il illumine à lui tout seul toute la pièce.
  • « Merci d’être là. Bon tu m’aides à tout ranger ? J’en ai mis partout. »

Les personnes pour qui vous comptez vraiment,c’est fait pour ça : vous observer dans toute votre folie sans vous le reprocher et vous aider à remettre de l’ordre après.

Récit écrit sur le vif en écoutant Rolling In The Deep de Adele. Si ce récit vous a plu, retrouvez Claudia dans un autre article. Bonne journée !

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Une réflexion sur “Gribouillons colorés #Récit Fictif

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