Réminiscences – Natacha Wagner – Nouvelle Inédite !


Une belle rencontre, des passions communes et puis ce partage ! Voici une nouvelle de mon amie Natacha Wagner, que je partage avec vous. (avec son accord bien sûr! Il est hors de question de publier quoique ce soit de mon vivant « à la Reinhardt » lol)  Cet écrit est très spécial tout en parlant de l’humain, il m’a beaucoup touché, je ne vous en dis pas plus, bonne lecture !

Nouvelle Intégrale et Inédite

Réminiscences – Natacha Wagner

C’était ce regard.

Ces iris à la limite de la phosphorescence, ces pupilles minces et effilées qui semblaient vouloir pointer à la fois vers le ciel et vers la terre, cette couleur pourpre mélangée à la clarté du vert citron, acidité et douceur, chaleur et froideur à la fois, tout dans ces yeux semblait aspirer et rejeter l’autre.

16318349-photo-de-l-il-humain-sur-fond-gris

L’autre, lui.

Ce regard en perpétuel combat paraissait vouloir tout et rien dire à la fois, paradoxe mystérieux et profond cherchant des réponses dans des questions muettes et aériennes.

Oui, c’était la seule chose dont il se souvenait et il s’y raccrochait désespérément, tel un naufragé agrippant une bouée de secours en flammes sur une mer de ténèbres.

Tout autour de lui, il ne pouvait voir que la nuit. Une obscure et étouffante noirceur, intouchable mais bien présente.

Cela faisait des heures qu’il marchait. Ou peut-être des jours, des mois voire des années … la notion du temps s’était envolée avec sa mémoire comme une pie qui s’enfuit avec son précieux butin brillant. Il avait longuement et minutieusement étudié son environnement et ne comprenait toujours pas où il se trouvait.

Le sol était ferme et sec sous ses pas mais pas un son ne sortait au contact de ses talons. Silence, nuit, inconsistance de l’atmosphère et consistance de la terre -mais était-ce bien de la terre ?-, tel était le résumé de sa situation. Il se rappelait tout de même être quelqu’un de relativement débrouillard et intelligent, ce qui lui avait fait prendre la décision réfléchie d’avancer autant qu’il le pouvait pour tenter de trouver quelque chose.

Une porte de sortie, par exemple, aurait été une merveilleuse aubaine …

Il continuait donc son avancée à l’aveuglette tout en cherchant d’où pouvait provenir cette vision si claire dans son esprit embrouillé.

Où avait-il bien pu croiser ces yeux ?

Plus il y réfléchissait et plus l’image semblait tenter de s’éloigner de lui. Il poussa un bref soupir qui se répandit comme une traînée de poudre dans l’atmosphère. Il attendit un éventuel écho mais rien ne vint, à son grand désespoir. Où pouvait-il bien se trouver ? Était-ce si bizarre pour lui d’être ici ?

Il pressentait étrangement que la situation n’était pas normale. Et puis, tout d’abord, à quoi pouvait-il bien ressembler ? La question venait de lui traverser l’esprit. De plus, quelle était cette langue dans laquelle il pensait ? Les mots eux-mêmes semblaient l’emprisonner dans leur course folle.

Humain. Ce terme venait d’apparaître mais la signification lui échappait totalement.

Humain. Humain, humain, humain.

H-U-M-A-I-N.

Il devait forcément appartenir d’une quelconque façon à cette chose. Se définir comme tel.

Oui, il devait être humain. Il se mit à sourire, songeant qu’il tenait là un point de départ à la recherche de son identité. Il se tâta curieusement le torse. Il semblait posséder cinq étranges petits «tubes» aux deux extrémités de plus grands «tubes», eux-mêmes rattachés au tronçon principal. Doigts, mains, bras, torse. Plus bas, jambes, chevilles, pieds … Il connaissait tous ces mots et venait d’en redécouvrir le sens rien qu’en se tâtant.

C’était une progression encourageante, bien que minime. Secouant la tête, il se laissa tomber par terre ; il ressentait le besoin de réfléchir à nouveau. Il lui fallait fixer les priorités maintenant que sa mémoire refaisait légèrement surface. D’un côté, trouver la sortie lui semblait essentiel et le seul moyen qu’il possédait se trouvait être la marche, ce qui lui faisait penser qu’il fallait se mettre en route sans perdre une minute.

D’un autre côté, s’il se concentrait sur sa mémoire, il pourrait peut-être retrouver la clé de cette mystérieuse dimension. Que faire ? Penser en marchant ? L’activité risquait de rendre l’exercice plus complexe.

Il soupira avant de se remettre sur ses jambes. Quitte à choisir, il préférait l’action. Tandis qu’il reprenait son avancée à tâtons, il se demanda s’il était capable d’émettre un son dans cet univers silencieux. Il s’arrêta de nouveau. Était-il bête? Il avait bien soupiré quelques minutes plus tôt !

Pourquoi y avait-il pensé ? Il porta l’une de ses mains plus haut, sur une chose de surface ovale. Visage. Bouche. Nez. La vision de lèvres roses parvint à son cerveau et le fit sursauter. Il sut qu’il ne s’agissait pas des siennes mais il ne parvenait tout simplement pas à se remémorer leur provenance.

Il repensa au regard. Peut-être se trouvait-il là la réponse à ses interrogations. Sans s’en être rendu compte, il avait recommencé à se mouvoir sur la surface dure et avançait à présent à un rythme précipité.

« Pourquoi ? »

Il sentit une masse tressauter à l’intérieur de son torse alors même qu’il identifiait sa propre voix. Elle n’était pas sortie de lui mais semblait venir de tous les endroits à la fois. Cela lui fit penser à l’écho en montagne. Un paysage se dessina alors dans son esprit et il se rendit compte que l’absence totale de lumière n’était pas normale.

Il ne se trouvait pas chez lui. Il réalisa alors qu’il le savait depuis le début. Son corps s’était mis à courir de plus en plus vite au fur et à mesure que toutes ces pensées affluaient en lui, si bien qu’il constata qu’il était essoufflé. Ce fait le conduisit à se demander s’il était vivant.

Vivant ou mort ?

Pour la même raison que le reste, il connaissait la définition de ces mots mais n’en comprenait toutefois pas le sens. De plus, il n’était pas bien sûr que dans les conditions présentes, cela lui servirait à grand-chose.

Il allait falloir trouver une meilleure réflexion, son avancée commençait à l’ennuyer par sa monotonie. Ses propres questions l’agaçaient car elles lui causaient un mal de tête fort désagréable.

Il repensa au regard.

De cela, il ne semblait pas capable de se lasser. Les yeux sont le miroir de l’âme, songeait-il, mais quelle âme ? Il explora mentalement la gamme colorée de ces iris omniprésentes et les compara au noir environnant. Il se sentit abattu et eut soudain envie de s’asseoir par terre, fatigué et de demeurer immobile jusqu’à ce que quelque chose se passe.

De l’action, voilà très exactement ce qu’il souhaitait. Il ne voulait cependant pas que cette dernière vînt de lui mais plutôt de l’extérieur. Après tout, pourquoi aurait-il dû se fatiguer ? Il désirait n’être que spectateur et surtout, comprendre.

Si lui, Humain, se trouvait là, c’est qu’il faisait nécessairement partie d’un tout. Il y avait obligatoirement quelque chose autour de lui, autrement il avait le sentiment qu’il n’aurait pas pu être là. Ce n’était pas du vide autour de lui mais du plein, l’espace entier se trouvait rempli de cette matière sombre dans laquelle il évoluait à l’aveuglette.

Alors, il ferma les paupières et visualisa ce paysage de montagne, un chalet, un écho. Il s’imagina se situer dans cet autre endroit qui habitait son esprit, ce jardin édénique aux mille couleurs, odeurs, saveurs, où les noyers voisineraient avec les boutons de rose.

Sur le seuil de la porte d’entrée de la maisonnette, le regard, dissimulé dans l’ombre, de telle sorte que seules les pupilles étaient à sa portée.

Il aurait aimé faire la lumière sur cet être étrange qui l’observait. Il s’agissait évidemment d’une autre identité telle que la sienne. Il s’en persuadait. Alors, les paupières fermées pour échapper au noir, les jambes s’étant remises à avancer mécaniquement, il créa la lumière provenant de la maison.

Celle-ci l’aveugla et il sursauta, surpris, puis plissa automatiquement les yeux. Il avait oublié à quel point c’était agressif. Il persista tout de même, curieux d’enfin découvrir ce qui le rongeait depuis le premier mot.

« C’était ce regard. »

Une voix avait parlé qui n’était pas la sienne et soudain, il réalisa. Depuis le départ, tout ce qu’il avait eu en tête jusqu’ici provenait de ce qu’il était en train de lire.

Il s’était imaginé dans cet univers sombre, marchant seul, cherchant l’identité qui devait être la sienne. Il s’était pris au jeu de l’ignorance de ce monde.

Il voyait bien un regard dans sa tête.

Il avait bien des tubes, bras, mains, jambes.

Il était bien humain.

Cet humain, c’était toi.

Texte intégral de Natacha,
Article publié par Ameth
Cet article vous a plu ? Lisez ceci !
– A la perte de mon humanité, Nouvelle, les Oniriques, Mars 2013
– Entre sacs et sottises, poème sociétal  
Publicités

Une idée en tête ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s