Antigone – Décryptage Du Mythe


Le mythe d’Antigone

I- Récit du mythe

 

Le mythe peut être défini comme un discours métaphorique qui rappelle à l’Homme ses origines premières tel que son appartenance à une Cité propre et à un groupe de personnes liées par le sang que constitue sa famille. Dans ce cadre, Antigone est la fille de Œdipe, qui l’a enfanté de sa propre mère après avoir tué son père. Elle a pour sœur la belle Ismène qui répond aux critères de la bienséance de l’époque exigée pour une femme de son rang ainsi que Polynice et Etéocle ses deux frères défunts.

 

L’histoire se déroule à Thèbes, qui est gouvernée par Créon, l’oncle d’Antigone. Ce dernier refuse d’enterrer Polynice et menace quiconque qui oserait braver sa loi de mort. Antigone poussée par son attachement pour son frère, aveuglée par son entêtement et déçue par ses attentes face à la vie, va décider d’enterrer son frère et d’en payer le lourd tribu mortuaire.

 

II- Interprétations et analyses

 

Plusieurs thèmes du mythe nous font réfléchir sur la portée du message. Le premier thème évoque le devoir  : chaque personnage a un rôle à jouer bien déterminé et qui lui est parfois fatal. Les pressions sociales sont importantes dans une pièce de théâtre où tout a déjà été distribué. Chacun des personnages donne l’impression de subir son destin et ce, même s’il semble le choisir. Par exemple c’est dans son choix de mourir que Antigone peut enfin être elle-même, même si elle reconnaît que Créon a raison. Dans cette danse mortuaire chacun fait ce qu’il peut pour sauver les apparences, à défaut de sauver sa peau.

 

La seconde thématique importante qui donne matière a réflexion est celle du pouvoir. Créon se sent seul dans son devoir de gouvernance qu’il n’a pas vraiment choisi. Il est entouré d’auxiliaires qui reportent leurs responsabilités les uns sur les autres et ne sont pas vraiment compétents. Selon Créon, il est vain de gouverner les Hommes dans ce monde absurde sans couleurs, dépeint selon Anouilh, avec ironie et cynisme.

 

On ne peut parler de droit et devoir, sans parler de liberté. Antigone dit ne pas vouloir être mêlée à la politique, alors qu’au même instant, elle meure en partie à cause d’un engrenage politique. Antigone incarne le symbole de la révolte contre le pouvoir, contre une société où les traditions ne sont qu’un mythe auquel on croit sans savoir (cf rituel de l’enterrement) et contre la pression du qu’en dira-t-on d’un peuple qui ne se soucie pas de ses morts. Son caractère atypique, tantôt enfantin, tantôt mélancolique teinté de sagesse montre la complexité de la personnalité de l’héroïne.

 

Enfin, le dernier thème qui sera abordé est celui de l’amour. Antigone idéalise son frère Polynice qui lui a offert une belle fleur lors de son enfance. Elle justifie en partie son sacrifice pour son frère grâce à son lien familial. De même, elle affectionne sa « nounou  protectrice et aux petits soins », sa chienne et même sa sœur qu’elle jalouse parfois.

En réalité, le seul qui la répugne vraiment est son oncle. Il l’a répugne car il n’a pas su dire «  non  » à la laideur des faux-semblants de la vie. Mais Antigone malgré son comportement louable, se leurre également car au-même moment où elle dit préférer mourir par choix, elle se sent aussi obligée de le faire par devoir. De fait, ce qui différencie Antigone et Créon réside dans l’affirmation de l’acte passif choisi ou d’un acte actif subi. En outre, Créon incarne un peu la figure paternelle car il considère Antigone comme sa fille et il veut la protéger. On lit entre les lignes une certaine compassion entre les personnages.

 

A l’image d’Hémon, le fiancé de Antigone et fils de Créon, qui se rend compte que le Roi terrassant ses démons d’enfance ne ressemble plus vraiment au père qu’il voit aujourd’hui, croulant sous les rides et les obligations. Hélas Créon n’a pas compris que « si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. » Antoine de Saint-Exupéry. 

 

Pour conclure cette brève analyse du mythe, on peut dire que ce récit reflète le contexte social et idéologique durant lequel il a été écrit. Chaque être social a besoin de croire en une figure imposante pour être stable, qu’elle soit d’ordre religieuse, politique ou affective. Par ailleurs, pour résumer les thématiques énoncées, Camus affirme que «  je tire de l’absurde trois conséquences que sont ma révolte, ma liberté et ma passion. »

 

Sources
・ Albert Camus, (1942) l’Étranger, France
・ Antoine de Saint-Exupéry, (1943), Le Petit Prince, France
・ Etienne Greau, (2014) Le Clan suspendu, France
・ Etienne BORNE (2014) Le Mal, Encyclopedia Universalis 
・ Edouard DELEBECQUE (2014) Euripide, Encyclopedia Universalis 
・ Robert DAVREU (2014) Antigone, Encyclopedia Universalis 
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