Yu Hua Brothers – Analyse Livresque


ATTENTION : cet article est rempli de SPOIL donc si vous comptez lire ce livre, je vous conseille de fermer la page ^^!

Mère Su « les paroles s’envolent, les écrits restent », bonne lecture !

 Titre : Brothers

Auteur : Yu Hua

Date de publication : Avril 2008 (Actes Sud)

Catégorie : Roman

Genre : Réaliste/historique

Résumé

Ce roman retrace le chemin à travers la vie de deux frères dans un bourg en Chine et débute aux prémices de la Révolution Culturelle. Deux frères aux points communs flagrants mais aussi aux différences marquées qui détiendront sur leur destin. Un destin qui, même lié, n’appartient à la fin qu’à chacun d’eux. Le roman dépeint ainsi avec réalisme, vocabulaire cru et répétitions maladives des déboires de Li Guangtou et de Song Gang. Déboires qui, malgré la misère vécue, le décès de leurs parents enduré, la répression lors de la révolution dès leur plus jeune âge, ne les pas empêcher d’avancer. Ils ont dû se débrouiller seuls, pour que l’un devienne directeur d’usine, puis plus tard P.D.G. Et l’autre salarié dans une quincaillerie.

Cependant, le temps fini par séparer les personnes, et les frères n’échappent pas à cette règle. Sitôt mûris, la richesse, l’amour des femmes et la maladie de Song Gong finiront par les assaillir. Tout ceci dans le cadre d’une société chinoise divisée entre l’espoir fleurissant du futur, tel un magnolias blanc et une époque révolue qui doit désormais faire face, en bien ou en mal à un siècle nouveau.

I – Analyse thématique

1- Des personnages stéréotypés

L’œuvre met en lumière du début à la fin les caractères des personnages qui frôlent le burlesque. On en a sur tous les tableaux : de la mère Su « Mamie-pain-farcis », en passant par Tong le Forgeron, le grand gaillard du village pour finir par « les intellectuels » qui se pavanent dans le bourg : Li l’écrivain et Zhao le poète.

La lecture, c’est bien, on saurait se passer de manger pendant un mois mais on ne saurait se passer d’un jour sans lire  – Li l’Écrivain

2 – La fratrie par dessus-tout

La thématique de la fraternité est aussi développée, Song et Li malgré les épreuves de la vie ne s’oublient pas même s’ils se perdent de vue, car ce qu’ils ont vécus enfants à renforcé leur lien plus que jamais. Et on observe dans l’histoire que quand Li est riche, Song est pauvre et vice-versa, à un moment du récit Li vient d’ailleurs mendier à Song qui ne lui refuse rien même si cela déplaît à sa femme Li Hong.

 Et comme l’énonce ce vieil adage : Les amis on les choisit, la famille, on l’a subit 

3- Le qu’en dira-t-on où les « masses » comme fil conducteur de pensée

Dès les premières pages, on apprend grâce à la mésaventure de Li Guangtou aux toilettes que les masses sont importantes. Les personnages n’hésitent pas à se ridiculiser pour satisfaire la volonté des masses qui influent irrémédiablement sur le récit : Li Guangtou dès son plus jeûne âge sera étiqueté d’une certaine réputation qui le précédera jusqu’à la fin de l’histoire.

Mais qui sont les masses ? Les masses, c’est le peuple, celui qui véhicule les rumeurs et qui calomnie sans vergogne, qui encourage les bastons de rue juste pour avoir du spectacle …

Ceci souligne une hypocrisie sociale ambiante : on encourage les combats pour mieux se fondre dans la foule et s’en protéger soi-même.

La noblesse de l’Homme, c’est sa lucidité – Li L’Écrivain 

II- Analyse historique

  1. Une révolution culturelle tout en violence

J’ai appris l’existence d’une activité consistant à rabaisser celui qui détient une pancarte le décrivant comme « ennemi de la classe » et qui rend, aux yeux de tous, légitime le tabassage. La « lutte-critique » décrite lors de la révolution culturelle m’a profondément choquée. D’où la scène de la mort de Song Fangping dans la gare du bourg qui m’a fait mal au cœur …

  1. Décadence sociétale

On aurait pu penser qu’au fil du récit, la Chine s’industrialisant, les bons hommes du bourg se seraient calmés : il n’en ait rien. La violence a seulement changé de forme : de physique elle devient mentale, mais elle est bel et bien toujours présente.

Quand tu rencontres quelqu’un de mauvais il faut lui filer un coup de pied, c’est le même principe que quand t’essuies le cul après avoir chié  – Li Guangtou

  1. Le rapport à l’étranger

Quand Li Guangtou part pour affaires à Shanghai et revient après plusieurs mois les cheveux longs, on lui fait ressembler à ces stars telles que Michael Jackson, et quand les gens du bourg, incultes questionnèrent Li à ce sujet on leur dit qu’il ressemblait à un étranger européen.

Plusieurs chapitres plus loin, quand Li revient cette fois-ci du Japon, il en dénigre la culture et énonce qu’à part faire de l’argent, les japonais n’ont aucune culture. (cf amertume guerre sino-japonaise ?)

Enfin les conquêtes étrangères de Li Guangtou sont fantasmées d’après leur beauté (yeux bleus, blondes …)

Cependant, ce qui désole c’est que suite à la montée de la mondialisation même si le Bourg s’est transformé et industrialisé, il en perd ses racines : on ne se souvient plus de son nom d’origine mais on le nomme « le Bourg de Li Guangtou » ou encore « le Bourg des vierges »

III – Analyse littéraire

  1. Vision globale

Roman-fleuve qui dessine de façon linéaire l’évolution de vies, d’une société, autant de part des aspects historiques que sociaux. Le livre fait environ 700 pages et regroupe en fait deux livres :

  • Livre I : enfance et début de l’adolescence des frères.

  • Livre II ; leur évolution en tant qu’hommes.

  1. Pts +

  • Livre très riche en contenu et qui répond au but de l’auteur, à savoir dépeindre la Chine dans toute son évolution.

  • Les notes laissées par les traducteurs sont concises, claires et efficaces.

  1. Pts –

  • La longueur du roman : ce n’est pas temps le nombre de pages (car je suis habituée à lire des pavés^^) que la lenteur du récit décrit dans les moindres détails.

  • Le récit aurait pu tenir sur 500 pages à mon avis si l’on enlevait toutes les répétitions d’idées et de paragraphes. (ou peut-être est ce dû à l’effet de la traduction ou au style de l’auteur ?) Ne pouvant pas encore lire le chinois, je ne peux en juger : )

Conclusion

Lecture très intéressante et qui mérite réflexion même si elle reste ardue à lire et à interpréter, surtout si on n’apprend qu’à la fin (comme moi) que ce genre de littérature est un roman-fleuve.

Et au-delà du Directeur Li et du remplaçant en chef que furent Li Guangtou et Song Gong, ce roman met en évidence une leçon de vie primordiale  : la vie peut changer du tout au tout et rien n’est jamais fixé à l’avance, en témoigne les vagues d’ascension sociale puis de période recluses des personnages dépendamment de leur volonté.

Il ouvre aussi sur la question du l’avenir de cet empire qui a su résister aux millénaires et qui aujourd’hui s’impose de plus en plus sur la scène internationale, quand bien même sa politique est sociale-communiste et son économie est capitaliste.

« Le monde tremblera – t-il quand la Chine s’éveillera ? » (Alain Peyrefitte)

Où est-t-il déjà entrain de succomber aux pains farcis de Mère Su ? LOL

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AMETH

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2 réflexions sur “Yu Hua Brothers – Analyse Livresque

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